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Colloque CerLiCO

Colloque CerLiCO – 1 et 2 juin 2018 – TOURS

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COMPLÉMENT, COMPLÉMENTATION, COMPLÉTUDE

En France, la notion de complément a été introduite dans l'analyse de la phrase à l'issue d'un long processus de maturation de deux siècles (17e-18e siècles). Cette innovation, apparue dans l'Encyclopédie (articles « Régime » et « Construction »), a été permise par la volonté d'aller au-delà d'une analyse logique binaire, c'est-à-dire en Sujet-Prédicat, type d'analyse qui ne laissait pas de résidu inanalysé, puisque tout constituant appartient nécessairement soit au groupe Sujet, soit au groupe Prédicat (Ducrot & Todorov 1972).

On pourra réfléchir au fondement des fonctions de complémentation, qui est d'un ordre différent de celui de Sujet et Prédicat : comme le terme de complément lui-même l'indique, il s'agit de l'impossibilité supposée pour une unité (ou un constituant) d'exprimer une idée complète. Mais dans les approches énonciativistes par exemple, le lieu véritable de la construction du sens est l'énoncé, et aucune unité (ou aucun constituant) n'est apte, de façon isolée, à exprimer une idée complète : doit-on alors dire que tout élément de l'énoncé (un déterminant, une conjonction de subordination, etc.) est de fait un complément ? Doit-on alors abolir la distinction entre fonction sujet et fonction complément (le sujet n'étant pas vu, traditionnellement, comme un complément), comme Tesnière puis Martinet ont tenté de le faire, en projetant dans toute fonction une forme de complémentation ? Et d'ailleurs, est-ce que seule une relation de complémentation est possible entre les unités, ou peut-on/doit-on envisager d'autres formes d'interaction entre les unités ?

Il est également possible de réfléchir au bien-fondé de certaines typologies. Ainsi, en français, on distingue classiquement entre compléments de relation (ex. nécessaire à la vie) et compléments de détermination (ex. l'article de Dumarsais, renoncer à une hypothèse). Cette distinction est-elle superficielle, voire artificielle, ou bien repose-t-elle sur des différences systématiques de type morphosyntaxique, par exemple ? Qu'apporte cette distinction à la description du français : en quoi permet-elle de cerner l'objet « complément » de plus près ? Est-elle valide en dehors du français, dans une perspective de linguistique générale ? Et si oui, offre-t-elle par exemple un intérêt particulier dans une perspective contrastive ?

Une autre distinction classique parmi les compléments est celle entre arguments et circonstants : un critère de reconnaissance parmi d'autres est que les seconds peuvent être multipliés dans une proposition donnée (un complément de manière + un complément de lieu + de moyen, etc.), tandis qu'il ne peut y avoir qu'un seul complément d'objet (du moins un seul au rang 1 et un seul au rang 2, correspondant au complément d'objet second). Dans ces conditions, que faire d'un constituant comme money dans The bank has been money-laundering cash from various countries ? De nombreuses langues connaissent des constructions comparables à celle de cet énoncé anglais : doit-on distinguer un « complément d'objet interne (ou incorporé) » et un « complément d'objet externe », et là encore, qu'apporte cette distinction dans une perspective de linguistique générale ?

Parmi les compléments venant compléter l'idée portée par le verbe, la diversité des constructions peut poser question. Il peut aussi bien s'agir de compléments nominaux que de compléments verbaux (par exemple de compléments à l'infinitif en français), ou même de propositions complétives (par exemple avec les verbes de pensée et d'opinion). Peut-on considérer que la complémentation est un processus général qui transcende ces distinctions grammaticales (par exemple sur un plan sémantique ou cognitif), ou qu'il s'agit en réalité de mécanismes de complémentation intrinsèquement différents ?

Toujours dans le domaine verbal, prenons par exemple une langue à tradition orale comme l'ikwere (Niger-Congo) : le verbe est systématiquement composé de deux unités : une base et un complétant, tels àgbá ɛ́fɔ́ « courir », àkwá̰ ɛ́kwá̰ « pleurer », ètḛ́ érí « danser ». Peut-on ramener le second élément au statut de complément ?

Dans d'autres langues où la description recourt à la notion de construction à « verbe support » (dit parfois « verbe léger »), on pourra trouver pertinent d'explorer cette notion : dans quelle mesure use dans have a use [z], usage dans faire usage, a dressing down dans give sb. a dressing down, sont-ils des compléments de leurs verbes respectifs ?

Un autre angle d'attaque de la question du « complément » est celui des parties composantes de mots composés. Dans telle ou telle langue connaissant la composition, que dire du statut de ces éléments ? Dans cet exemple français : Sous leurs abat-jour de métal, les bougies de cire des deux candélabres n'éclairent que la large table encombrée d'atlas ... (F. Coppée), jour est-il un complément de abattre ? Sur quelle base défendre cette conception, et quel est son intérêt pour la description ?

 

Enfin, on pourra également s'interroger sur la validité de la conception lacunaire du sens (qui sous-tend le concept de complément) d'une manière plus circonscrite, en s'intéressant à une catégorie syntaxique donnée :  si certains mots ou constituants servent à « compléter » le sens de certains autres, alors un élément comme la particule dans les langues germaniques devrait être traité comme un complément du verbe, ce qui n'est pas le cas (en anglais, le terme de complement est même le plus souvent employé dans un sens restreint pour désigner l'attribut) ; de même, un élément comme l'adjectif épithète ou la proposition relative en français devrait être traité comme un complément du nom, ce qui n'est pas le cas, etc. D'une manière plus générale, est-il possible de spécifier le statut catégoriel du complément dans une langue donnée ?

 

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Ce colloque sera le trente-deuxième organisé par l'Association CerLiCO. Il entamera la réflexion sur un thème qui sera repris l'année suivante à Bordeaux. Il accueillera des études empiriques qui interrogent les notions linguistiques de complément, complémentation, complétude. Seront privilégiées les études qui prennent en compte l'incidence que peut avoir le cadre théorique utilisé, quel qu'il soit, avec ces notions.

Les communications pourront s'inscrire dans les différents domaines de la linguistique (phonologie, morphologie, syntaxe, sémantique, analyse du discours, ...) ou à leur interface. Elles s'appuieront obligatoirement sur des exemples issus de la diversité des corpus oraux et/ou écrits. Elles disposeront de 30 minutes de présentation suivies de 10 minutes de discussion. Une séance sera consacrée aux communications affichées. Après acceptation, les communications orales ou affichées seront publiées l'année suivante dans les Travaux Linguistiques du CerLiCO.

Indications bibliographiques :

Chauvin Catherine, 2006. « La complémentation verbale : syntaxe ou sémantique ? At/to ». In Daniel Lebaud (éd.), Constructions verbales et production de sens. Presses universitaires de Franche-Comté. 173-186.

Chevalier, Jean-Claude, [1968] 2006. Histoire de la Syntaxe : naissance de la notion de complément dans la grammaire française (1530-1750). Paris : Honoré Champion.

Creissels Denis, 1995. Eléments de syntaxe générale. Paris : P.U.F. (Linguistique nouvelle).

Creissels Denis, 2006. Syntaxe générale : une introduction typologique, vols. I et II. Paris : Lavoisier.

Culioli, Antoine, 1999. « Rôle des représentations métalinguistiques en syntaxe ». Pour une linguistique de l'énonciation : formalisation et opérations de repérage. Tome 2. Paris : Ophrys, 95-114.

Dixon, Robert Malcom Ward et Alexandra Aikhenvald (éds), 2006. Complementation: a Cross-linguistic Typology. Oxford & New York : Oxford University Press.

Ducrot, Oswald et Tzvetan Todorov, 1972. « Fonctions syntaxiques ». Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage. Paris : Seuil (Points). 270-79.

Givón Talmy, 1979. On Understanding Grammar. New York : Academic Press.

Givón Talmy, 2001. Syntax: an Introduction, vols. I et II. Amsterdam, Philadelphie : John Benjamins.

Keenan, Edward L., 1976. « Towards a universal definition of 'subject' ». In Li, Charles N. (ed.), Subject and Topic. New York : Academic Press.

Lemaréchal, Alain, 2014. « Typologie de la complémentation : la linguistique de la diversité des langues prise entre ethnocentrisme et abstraction ». Bulletin de la Société de Linguistique de Paris. 1-87.

Mallet-Jiang, 2012. La Complétive objet en chinois. Thèse sous la dir. de Claude Muller et Marie-Claude Paris, Bordeaux 3.

Martinet, André, 1985. Syntaxe générale. Paris : Armand Colin.

Mir-samii, Reza, 2006 . « L'infinitif complément de nom en français ». Les formes non finies du verbe, Travaux linguistiques du CERLICO 19. Rennes : Presses universitaires de Rennes.

Paillard, Denis et Jean-Jacques Franckel, 1989. « Objet - complément - repère ». Langages 24/94. 115-127.

Tesnière, Lucien, [1959] 1982. Éléments de syntaxe structurale. Paris : Klincksieck.

Organisation

Sylvester N. Osu, Philippe Planchon, Joëlle Popineau, Manuel Torrellas Castillo, Fabienne Toupin

 

Comité scientifique

Valérie Amary (MCF 7e), Gwenaëlle Fabre (MCF 7e), Sylvain Gatelais (MCF 11e), Sylvie Hanote (PR, 11e), Vincent Hugou (MCF 11e), Sû-tõõg-Noma Kabore (PR 7e et 15e), Christelle Lacassain-Lagoin (MCF HDR 11e), Frédéric Lambert (PR 7e), Gérard Mélis (MCF 11e), Raluca Nita (MCF 11e), Sandrine Oriez (MCF 11e), Sylvester N. Osu (PR 7e et 15e), Philippe Planchon (MCF 7e), Joëlle Popineau (MCF 7e 11e et 12e), Nathalie Rossi-Gensane (PR 7e), Daniel Roulland (PR 11e), Manuel Torrellas Castillo (MCF 7e et 14e), Fabienne Toupin (PR 11e).

Modalités de soumission :

Les propositions de communication sont à envoyer pour le 15 novembre 2017 sous forme électronique. Elles comporteront une présentation (deux pages au plus) de la problématique et des données, ainsi qu'une brève bibliographie. Elles s’appuieront obligatoirement sur des exemples. Elles pourront être rédigées en français ou en anglais.

Les propositions seront examinées anonymement par deux membres du comité scientifique.

Elles sont à envoyer sans mention de l'auteur/des auteurs, par courriel en fichier attaché (format .doc ou .pdf) à l'adresse suivante : cerlico2018@univ-tours.fr

Merci d'indiquer dans le corps du message :

- Le nom de l'auteur (des auteurs)

- Le titre de la communication

- Votre préférence pour une communication orale ou affichée.

 

Informations pratiques :

Date limite d'envoi des propositions : 15 novembre 2017

Date de notification aux auteurs : 15 décembre 2017

Date du colloque : 1 et 2 juin 2018

Lieu : Université François-Rabelais de Tours – UFR Lettres et Langues

 

 

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CerLiCO Conference – 1 and 2 june 2018 – TOURS (France)

 

COMPLÉMENT, COMPLÉMENTATION, COMPLÉTUDE

COMPLEMENT, COMPLEMENTATION, COMPLETENESS

In France, the notion of complément was introduced when analyzing the sentence after a two-century long process (over the 17th -18 th centuries). This new notion, which appeared in the Encylopédie, the 18th-century French encyclopaedia (under the articles "Régime" (government) and "Construction" (structure), followed the desire to go beyond a binary logical analysis, i.e. a type of Subject-Predicate analysis, which left no unanalyzed residue, because all constituents necessarily belong either to the Subject group or to the Predicate group (Ducrot & Todorov 1972). The term complément refers then to problems of government or rection of words in a sentence and differs from the syntactic function (as it relates to the distinction between subject and predicate), but also from the sentence structure (i.e. the internal organization of the sentence). As for the term complémentation, it is another way of referring to the complement, although complémentation is often used to group together the specific cases of complements, cf. The Querler (2012), Abeillé and Goddard (1996) but also Crystal (1997).

We may consider what lies beneath the complementation functions which differ from the Subject Predicate type: as the word complément implies, the question is about a believed impossibility for a unit (or a constituent) to express a complete idea. But in enunciativist approaches for example, the real location for constructing the meaning is the utterance, and no unit (or constituent) is capable of expressing a complete idea in itself: should we then say that any element in an utterance (a determiner, a subordinating conjunction, etc.) is actually a complement? Should we then abolish the distinction between the subject function and the complementary function (the subject is not traditionally seen as a complement), as Tesniere and then Martinet attempted to do, by projecting a form of complementation in any function? On this point, we can also consider the specificity of Culioli’s approach, in which complements refer to the arguments of the verb or predicate (zero-rank complement, n-rank complement, where n is different from zero). And, besides, is a complementation relationship only possible between units, or can / should we envisage other forms of interaction between units?

We may also consider how valid some typologies are. Indeed, in French, relation complements (eg: nécessaire à la vie, necessary to life) and determination complements (eg: l'article de Dumarsais (Dumarsias’ article), renoncer à une hypothèse (to abandon an assumption) are commonly and traditionally distinguished. Is the distinction superficial, or even artificial, or is it based on morphosyntactic differences? What does this distinction bring to the description of the French language: how does it help give a closer look at the notion of "complément"? Is it still valid for languages other than French in general linguistics? And if yes, does it offer a particular interest in a contrastive point of view?

Another traditional distinction among complements is the distinction between arguments (actants) and circumstants (adjuncts) a way of identifying them (among others) is to say that there may be many adjuncts in a given proposition (a complément + locative complément + goal complément , etc.) , whereas there can be only one object complément (at least only one rank-1 complément and only one rank-2 complément, corresponding to the second object complément). Under these conditions, what can be said about a constituent such as money in the bank has been money-laundering cash from various countries? Many languages ​​have constructions which can be compared to that English utterance: should a "complement of internal (or integrated) object" and a "complement of external object" be distinguished, and again, what does this distinction bring to general linguistics?

Among the compléments completing the meaning contained in the verb, the diversity of constructions can raise many questions. They can be either nominal complements or verbal complements (for example, infinitive complements to the infinitive in French), or even complementary propositions (eg: after the verbs think and believe).Can complémentation be considered as a general process that goes beyond these grammatical distinctions (for example, on a semantic or cognitive level), or are they actually intrinsically different complementary mechanisms?

If we stick to the verbal domain, let’s now take the example of a language with an oral tradition such as the Ikwerre language (a Niger-Congo language): the verb is always composed of two units: a base and a complementing element, such as in àgbá ɛ́fɔ́ "to run", àkwá̰ ɛ́kwá̰ "to cry", ètḛ́ érí "to dance". Can the second element be reduced to the status of complément?

In other languages ​​where the description uses the notion of "support verb" (sometimes called "light verb"), we may find it relevant to explore this notion: to what extent does the word use in have a use [z], or usage in faire usage, or a dressing down in give sb a good dressing down are complements to the respective verbs?

Another way of approaching the "complément" question is to analyze the different parts in compound words. In languages where composition is analyzed, what can be said about the status of these parts? In the following French example: Sous leurs abat-jour de métal, les bougies de cire des deux candélabres n'éclairent que la large table encombrée d'atlas ... (F. Coppée), is jour a complement word to the verb abattre? On what basis can this notion be defended, and how interesting is it for its description?

We can also examine the idea according to which there are gaps in a meaning  (this very idea lies under the whole concept of complement) by focusing on a given syntactic category: if certain words or constituents are used "to complete" the meaning of others, then particles in Germanic languages ​​should be treated as complements to the verb, and this is not the case (in English, the word complément is mostly used to refer to the attribute in a restricted meaning); similarly, attribute adjectives or relative propositions in French should be treated as complements to the name, and again this is not the case, and so on. In a more general way, is it possible to clarify the categorical status of compléments in a given language?

            Finally, in reference to what was said above, we may consider the difference or connection between complément and complétude (completeness). In material on the subject, the term completeness is sometimes used as a synonym for complément (Delmas 2006), sometimes to refer to a macro-syntactic analysis of a whole text. Thus, in pragmatics, we refer to a strong completeness constraint, in relation to the Gricean Maxim of Quantity (Portuguès 2011), or to combine syntactic completeness with semantic completeness (Guillaume 1971).

The Linguistics Association CerLiCO (Cercle de Linguistique du Centre et de l'Ouest) and the Laboratoire Ligérien de Linguistique (LLL) are pleased to announce the “Complément/Complémentarité/complétude) Conference which will take place in Tours (France) from 1 to 2 June 2018.


This conference is the thirty-second conference organized by the CerLiCO association. It has been designed as the first part of a two-year cycle and will feature empirical studies focusing on Complément/complémentarité and complétude.

Communications can deal with various fields of linguistics (phonology, morphology, syntax, semantics, and discourse analysis) or their interface. They necessarily rely on examples from oral and / or written corpora.

Each presentation will last 30 minutes followed by 10 minutes for questions. A session will be devoted to poster presentations. Papers that are accepted will be published in the Travaux Linguistiques du CerLiCO at the Presses Universitaires de Rennes in 2019.

 

 

Guidelines for submission

The final date for submissions is set at 15th November 2017.

Anonymous abstracts for 30-minute presentations (+ 10 minutes for questions) should include a title, research questions, approaches and a short bibliography. They should not exceed 2 pages (exclusive of references, tables, and figures).

Abstracts can be written in English or in French and submitted in WORD and PDF formats.

Each abstract will be double blind peer-reviewed by two members of the scientific committee; this requires the paper to be anonymous.

 

Please indicate in your email:

- your name,

- the title of your paper,

- whether you want an oral presentation or a poster.

Submissions should be sent to cerlico2018@gmail.com

The deadline for all abstracts is November 15th, 2017.

Notification of acceptance will be sent around December 15th 2017.

Date of the conference: 1 and 2 June, 2018.

Location: Literature, Linguistics and Languages Faculty, University of Tours (France)

Date: 
Vendredi, 1 Juin, 2018 - 09:00 - Samedi, 2 Juin, 2018 - 17:15